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Portrait de femme: Nenga (Toucountouna, Bénin)
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Ses enfants s’appellent Valérie,
Léa, Basile,
et Juliette/Ingrid.
Ingrid est trop difficile
à prononcer alors on l’appelle
Juliette.
C’est un homme un peu
tourmenté qui l’avait enregistrée
sous le nom d’Ingrid.
Toi une femme tu ne peux
pas rester comme ça sur place
sans travailler
si tu restes sur place
tu ne vas pas manger.
Il est environ 9 h et Nenga brandit une bassine sur la tête. Un filet enserre sa tête pour ne pas abîmer la mise en plis de ses cheveux. Elle vient chercher de l’eau au puits. Aujourd’hui, elle prépare son fromage de soja à vendre le lendemain au marché. C’est un Américain qui lui a appris la technique de fabrication. Nenga ne s’habille pas en guenilles pour le travail. Elle est femme. Elle a quatre enfants. Elle est parée d’un collier aux multiples pierres orangées, de boucles d’oreilles pendentif aux boules laiteuses. Un vernis rougeoie les ongles de ses pieds, une dentelle fatiguée donne un style bourgeois à sa blouse noire. Pour la photo, elle veut se laver, et se parfumer. |
Ce n’est pas un détail. Elle veut plaire à tous les sens. Mais parce que les hommes partent, Nenga doit être homme aussi. Elle hisse de lourdes bûches sur son épaule. Elle tranche le bois d’un coup net, TCHAK !, avec une hache. Elle transpire peu sous l’effort. Elle transporte des kilos d’eau, de bois, d’igname, de farine, sur sa tête ou à bout de bras. Elle hésite des sourires, répète comme pour meubler “ibitro, iporo”, la leçon du jour. “Le noir, le blanc”. Elle prend la bière avec les hommes. Il n’y a plus d’homme. La seule photo qui reste de Pascal est sa carte scolaire. Tout le reste lui a été retiré, par tradition. Elle ne peut plus dormir dans leur chambre commune, par tradition aussi. Toujours par tradition, elle ne sait même pas où est enterré le corps de son mari. Il est mort le 23 décembre 1999. Nenga était enceinte. Basile est né le 2 janvier 2000. Nenga aurait pu partir avec le cousin ou le frère de Pascal. Ils sont d’ailleurs venus la chercher mais elle a refusé. Ce qui n’est pas conforme à la tradition. Même ses parents n’étaient pas d’accord. Pourtant, des hommes parfois reviennent. L’un est sorti de la brousse et Ingrid est née le 1er septembre 2005. L’homme est rentré dans la brousse. Nenga n’a pas suivi. Elle en brousse ? “Je ne peux pas laisser mes enfants”. Se remarier ? “Je suis trop vieille. Et moi, je vais aller chez un homme qui a deux épouses ? Je fais mieux de me reposer.” Mais Nenga ne se repose jamais. Elle est forte, indépendante, et seule. Elle termine le soja et prépare le retour des enfants.
Elle ne porte pas le pagne. “Je porte le pantalon c’est plus facile pour avancer.”
Nenga
Nenga vit à Toucountouna. Cette bourgade du nord du Bénin compte une vingtaine de villages et est partenaire d’Iles de Paix depuis 2000. A priori, cette zone est plutôt favorisée : la pluviométrie est abondante, le climat favorable à l’agriculture, la terre fertile. Pourtant, et parce que l’essentiel des terres sont consacrées au coton, la région connait de
graves problèmes de sécurité alimentaire. À Toucountouna, Iles de Paix soutient la diversification et le rendement des productions agricoles, comme le champ de soja de Nenga par exemple. Ou la mise sur pied d’une filière consacrée à la production du maïs. Des accompagnements techniques et la construction d’infrastructures sont également réalisés. En 2003, Iles de Paix a facilité la réhabilitation du barrage de Tchakalakou qui alimente, par irrigation, une dizaine d’hectares de cultures à l’aval. L’ONG belge a également construit une école et a restauré le marché de Toucountouna, qui fait la fierté de ses habitants. C’est là que Nenga vend son fromage de soja.
“C’est une honte de refuser
que ton mari ait
une deuxième femme.
Le taper ?
Si tu fais ça, kikiki !
Même tes parents vont
te refuser!”
Nenga pointe le doigt vers
les briques, à quelques mètres
de la route.
Là, elle a été mise au monde.
Dans son jugement,
elle est née en 1975 mais
c’est faux, sa soeur cadette
est née en 1973.
La date est sûre,
elle a un acte de naissance.
- Ton ami, il a combien
de femmes?
- Trop.
« Publié en 2010 par Iles de Paix asbl, avec le soutien de la Coopération belge au développement »
http://www.ilesdepaix.org/
© photo Vincen Beeckman |
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