DDS Mono Couffo 

Médécin de Klouekanmey en pleine conversation sur le lieu choisi pour les nouvelles constructions lors d'une remise de site

C’est mieux d’apprendre quelque chose d’un ami que d’un étranger, mieux d’un spécialiste que d’un amateur. Pouvoir travailler ensemble avec des personnes qui ont les mêmes intérêts et une vie professionnelle similaire à la nôtre est tellement agréable. C’est pourquoi le projet ASPS fait le lien entre l’Agence béninoise (ABSSA) et l’Agence belge (AFSCA) de la sécurité sanitaire des aliments.

Plusieurs fois depuis le début du projet en 2012, le projet a invité des experts de l’AFSCA au Bénin pour former les membres du personnel de l’Agence Béninoise de la Sécurité Sanitaire des Aliments (ABSSA) et de son laboratoire, le Laboratoire centrale de contrôle de la sécurité sanitaire des aliments (LCSSA). Durant les deux dernières années nous avons organisé ensemble neuf missions par sept formateurs

belges différents. Il s’agit de Fabian, Gil, Luc, Franck, Geert, France et Jeroen. Ils font le même travail que les laborantins et agents de sécurité sanitaire des aliments béninois mais en Belgique. Ils travaillent à l’AFSCA.  Complémentairement à ces missions,  cinq stages au sein de l’AFSCA, ont été organisés pour le Directeur du laboratoire et 3 de ses collègues : les chefs des départements de la microbiologie, de la chimie et le responsable qualité.

Construire sur une longue expérience

L’ABSSA a été créée en 2012 mais l’AFSCA existe depuis l’année 2000 et, en quelques années, elle est devenue une organisation à part entière dans l’ensemble des services publics belges. L’AFSCA est souvent considérée parmi les services publics comme un exemple de professionnalisme et de transparence, la culture d’entreprise étant dès le départ fortement orientée vers les résultats. Les articles dans la presse témoignent de sa visibilité et de son efficacité en progression constante. Une raison suffisante, donc, d’utiliser ces années d’expériences et d’apprendre de nos collègues belges.

Une crise ici, une crise là

Le point de départ pour la création de l’ABSSA a été la dite crise des crevettes en 2002. Une situation pareille s’est manifestée en Belgique à la suite de la « crise de la dioxine » qui, en 1999, a clairement mis en lumière le manque de coordination entre les services de contrôle et a lancé l’idée de la création d’une agence compétente pour le contrôle de l’ensemble de la chaîne alimentaire. En effet, les dommages causés par la crise de la dioxine ont largement dépassé les pertes financières (437,5 millions d’euros) et les aspects politiques, avec la démission des ministres de la santé publique et de l'agriculture. Du point de vue commercial, la crise a connu un retentissement médiatique international, provoquant une forte dépréciation de l'image des produits alimentaires belges. Longtemps encore, les conséquences se sont ressenties dans les relations commerciales avec certains pays importateurs.

Ensemble pour le future de la sécurité sanitaire des aliments


Aujourd’hui les deux agences, belge et béninoise, continuent leur collaboration. Une nouvelle liste de demandes de stage en Belgique a été envoyée pour former les directeurs récemment nommés de l’Agence béninoise. La préparation d’autres missions de formation est en cours. La collaboration bénino-belge continue donc à se faire à tous les niveaux.

En 2013, 10 formations sanitaires de la Donga, dont que l’hôpital de zone de Bassila, ont bénéficié de la construction d’un forage. L’important est maintenant d’en assurer la durabilité. Au programme donc : recyclage pour les artisans-réparateurs et formation en gestion de points d’eau à l’endroit des organes de cogestion et agents de santé. Rassurez-vous, la disponibilité de l’eau est maintenant assurée dans les centres de santé de la Donga !

Lors de la remise officielle des infrastructures en juillet 2014, l’accent avait été mis sur la  durabilité des infrastructures qui nécessite une

maintenance adéquate impliquant fortement la communauté. A l’issue de la cérémonie, les différents acteurs du système local de santé avaient d’ailleurs pris des engagements dans ce sens.

Les discours, c’est bien… mais après ?

Afin de les soutenir dans leurs efforts, le projet a organisé une formation axée sur la gestion des points d’eau. En effet, la disponibilité de l’eau dans les centres de santé est vitale et une pompe en panne peut avoir des conséquences fâcheuses sur la qualité des soins. Etre capable de procéder aux entretiens préventifs des pompes et à leur réparation est donc essentiels.

10 artisans réparateurs des deux zones sanitaires de la Donga ont ainsi été recyclés afin d’améliorer leur expertise. 25 organes de cogestion et agents de santé ont quant à eux été formés sur différents outils et techniques afin d’assurer un bon entretien des pompes et pouvoir mobiliser des ressources afférentes aux réparations éventuelles. Pour ce faire, les participants ont été entretenus sur des thématiques telles que l’installation des pompes, leurs possibles dysfonctionnements ainsi que les solutions à y apporter, la budgétisation, les activités génératrices de revenus et la participation de la communauté.

Il est à noter que sept agents eau-assainissement des communes et zones sanitaires ont également participé à l’activité.

Une formation théorique… mais aussi pratique

Afin de joindre la théorie à la pratique, les participants se sont rendus sur le terrain afin de diagnostiquer les problèmes et réparer des pompes non fonctionnelles depuis plus d’un an. A la grande surprise de tous, les notions acquises lors de la formation ont permis de réparer les pompes en moins de 15 minutes. Les coûts de ces réparations ont été estimés entre 6.800 et 75.000 FCFA.


Vous l’aurez compris, la formation aura vraiment été utile pour tous les acteurs. Le projet est convaincu que ces acquis contribueront à une meilleure qualité des soins de santé.

Fatima est une jeune femme – toujours souriante. Elle a deux enfants-écoliers et bientôt elle fêtera ses 35 ans. Fatima est arrivée, avec les autres femmes de son groupement, le 26 mars dernier à la formation sur l’hygiène alimentaire à Bohicon.

Former pour améliorer la qualité.

Le projet ASPS organise des formations aux bonnes pratiques d’hygiène alimentaire pour des bénéficiaires très variés : depuis les toutes petites entreprises de transformation jusqu’aux groupements de femmes qui

produisent ou transforment les aliments. A travers ses formations, ASPS veut conscientiser les opérateurs de la chaine alimentaire sur les enjeux de l’hygiène, les dangers pour les aliments et les bonnes pratiques à adopter. Le défi est d’obtenir un effet direct et durable qui mènera à l’amélioration de la qualité sanitaire des aliments produits et transformés au Bénin.

Les femmes d’abord.

C’est pour cette raison qu’une des cibles privilégiées de ces formations sont les groupements des femmes. La femme, en plus d’être transformatrice et ménagère, est avant tout mère et éducatrice. Elle souhaite le meilleur pour ses enfants et sa famille. ASPS espère qu’au travers les femmes formées, ce message sensible concernant les bonnes pratiques d’hygiène soit perpétué et multiplié.

Fatima

Une trentaine de femmes transformatrices se sont regroupées à Bohicon pour suivre la formation. Elles travaillent dans différentes filières: la transformation du mais en amidon ou maoué, la transformation des graines de néré en afiti, la transformation du lait de vache en fromage amô et la transformation de graines de soja en fromage de soja ou tofu. Fatima transforme le lait de vache en amô. C’est une activité traditionnellement réalisée par les peuhles car le lait est une denrée très périssable et doit être transformé très rapidement après la traite. Comme beaucoup d’autres transformatrices au Bénin, elle travaille dans un contexte semi artisanal. Les activités de transformation du lait, sont presque la seule opportunité d’activité économique pour ces femmes – ménagères et pour la plupart analphabètes.

Les microbes ne sont pas tous méchants ?

Arrivées à Bohicon, après un long trajet à pied et ensuite en taxi, Fatima et ses amies étaient curieuses de découvrir les « bonnes pratiques d’hygiène ». Fatima écoute bien. Les dangers biologiques sont les microbes. Les microbes sont de petits êtres invisibles et méchants. Mais pas tous ! Le formateur est allé plus loin en disant qu’ils existent des microbes utiles. Cette information a été une vraie surprise pour les femmes. La séance de formation s’est même arrêtée pendant quelques minutes afin que tout le monde puisse poser ses questions et partager son étonnement.

Traductrice en langue locale

Fatima nous explique que son groupement a l’ambition d’apprendre, dans le futur la transformation du lait en yaourt. Tout en riant, elle nous demande si réellement un microbe est capable de « fabriquer » le yaourt. Fatima nous aide beaucoup à passer les messages auprès de ses amies, car elle est une des rares femmes au sein de son groupement qui communique facilement en français.

Danser et lire

La formation s’est poursuivie le jour suivant, avec des exercices pratiques sur le site de production d’un des groupements. Chaque participante a partagé les pratiques en place et a identifié les actions à mettre en œuvre pour mieux maitriser l’hygiène de ses produits. La formation à Bohicon s’est terminée avec des animations et des danses à tour du rôle.  Au moment de se dire « au revoir », Fatima nous confie : « Je me suis mariée très jeune et je n’ai pas appris à lire ni à écrire. Mais aujourd’hui, je veux savoir ce que dit cette brochure. La prochaine fois, vous allez voir, je pourrai la lire !».

Laissez-nous vous conter l’histoire de deux organes de cogestion de la zone sanitaire de Bassila qui, suite à la mise en place d’activités génératrices de revenus, ont démontré une réelle appropriation des concepts sur lesquels ils avaient été formés par le projet d’appui aux zones sanitaires (PARZS). Mobilisation communautaire et mobilisation financière n’ont plus de secrets pour eux !

Mais avant cela… un petit rappel

Les  organes de cogestion (COGECS) sont des organes de dialogue social et sectoriel mis en place dans la communauté afin de

faciliter l’accessibilité des populations aux soins de santé de qualité. Ils représentent les communautés au sein des instances de gestion des centres de santé.

Le PARZS a bien compris l’intérêt de ces acteurs communautaires et a ainsi formé 53 organes de cogestion et assimilés sur différentes thématiques telles que leur rôle et fonctionnement, la mobilisation et la participation communautaire, la planification, la gestion des conflits et le genre. Au cours de la formation, un premier plan d’actions a été élaboré par chaque COGECS. Depuis 2012, le PARZS encadre ces organes et organise périodiquement le suivi de leurs plans d’actions semestriels.

Après un an d’accompagnement par le projet, les plans d’actions des organes de cogestion de la zone sanitaire de Bassila ont été évalués, ce qui a permis de classer les différents organes et de leur attribuer des primes (montant total de près de 6 millions de FCFA) devant servir à la mise en œuvre d’activités génératrices de revenus. L’objectif visé était que les activités communautaires menées par les différents organes (sensibilisations,…) trouvent ainsi plus rapidement un financement (mobilisation interne des ressources).

Et les faits le démontrent… ça marche !

A Kprèkètè, l’évaluation a été particulièrement bonne et le COGECS, classé premier, a reçu une prime de 1.000.000 FCFA. Une partie de cet argent a permis de commercialiser des céréales et de développer la culture de soja.

Mais le COGECS ne s’est pas arrêté là… Comme ils l’ont appris lors de la formation, un des rôles principaux des organes de cogestion est la mobilisation de la population. Ils doivent ainsi se déplacer dans les villages et sensibiliser les populations sur différentes thématiques (fréquentation du centre, consultations prénatales, vaccinations,…). Mais tout ceci demande des moyens (moto, carburant) dont les membres ne disposent pas toujours. C’est ainsi que le COGECS a décidé, avec les recettes générées par la récolte du soja, d’acheter une moto qui est maintenant utilisée pour les activités de promotion de la santé. 

A Pénéssoulou, c’est le leadership de la présidente COGECS qui est mis à l’honneur. Avec les 600.000F de primes reçues, le COGECS a pu acheter une moto qui sert de zem (mototaxi) et qui lui rapporte 10.500F par semaine. La présidente a convaincu ses membres de passer à une étape supérieure et de se servir des recettes pour acheter un tricycle qui servira notamment à renforcer la référence des patients dont l’état nécessite le transport vers l’hôpital de zone.

Voilà deux COGECS pour qui la mobilisation communautaire et la mobilisation financière n’ont plus de secrets !

C'est décidé, je m'inscris en Master! J'ai besoin de changer de poste et de poursuivre ma carrière professionnelle et j'ai besoin d'être accompagné.

Tout commence souvent par cette pensée. Se faire former pour son développement personnel, pour son évolution professionnelle. Tout agent en poste planifie une formation pour bénéficier des avancements au Bénin car ces dernières se font sur la base des diplômes.

La Belgique a accompagné cette ambition des agents de l'Etat pendant près de 14 ans par l'octroi des bourses de stages et de formation.

Mais ce programme de bourse était principalement axé sur l'ambition de l’individu et non sur un réel objectif de changement au sein d'un organisme. Les postes à renforcer n'étaient pas toujours ceux qui devaient l'être. Il y avait également un déséquilibre notoire entre les zones urbaines et les communes rurales. L'équilibre genre ainsi que celui entre administrations publiques et organisations non gouvernementales et secteur privé n'était pas non plus toujours respecté.

De ce fait, après un bilan mitigé du programme, il a été recommandé de le réorienter en fixant des objectifs clairs avec des résultats mesurables et bien définis. Grâce au nouveau Projet d'Appui aux Organisations béninoises par le Renforcement des Compétences des ressources humaines (PAORC), la Belgique se donne comme objectif d'améliorer "la performance des organisations et secteurs bénéficiaires béninois dans leur service au public et leur contribution au développement du pays". La nouvelle stratégie est développée dans l’optique d’améliorer la durabilité et d’aboutir à une plus grande cohérence avec les autres secteurs.

La nouvelle stratégie entend mettre l’accent sur des investissements à long terme et sur la durabilité du renforcement des capacités :

Grâce aux multiples ouvertures d'apprentissage offertes en fonction des besoins de chaque organisation, le type de formation peut varier, allant d'un simple coaching, à la construction d'un Parcours d'Acquisition de Compétences (PAC) tenant compte des individualités pour améliorer la performance des organisations bénéficiaires et par ricochet, leurs services aux populations.

Chaque PAC comprend 3 phases   : 

o Une phase de conception et de préparation (avant formation);

o Une phase de formation;

o Une phase de consolidation (après formation).

Cette dernière phase permet le transfert des compétences aux autres membres des organisations.


Un PAC est caractérisé par un ‘profil d’entrée’ minimal et un ‘profil de sortie’ ciblé ; exprimés en ‘compétences’.

Le ‘‘profil d’entrée’’ du PAC explique les compétences minimales requises pour toute personne afin d'entamer un parcours particulier. Le cas échéant, un parcours préalable (et/ou préparatoire) peut être conçu pour permettre à des personnes intéressées d’atteindre le niveau de compétences requis dans le profil d’entrée d’un PAC.

Le ‘profil de sortie’ du PAC détaille les compétences nécessaires pour assumer correctement les rôles et responsabilités liées aux objectifs de performance (individuel et/ou organisationnel) et/ou de mise en œuvre de choix stratégiques des organisations.

Les organisations bénéficiaires jouent donc un rôle central dans les différentes phases du parcours d'acquisition de compétences.

Le projet a été formulé et sera réalisé en synergie étroite avec les deux programmes sectoriels de la coopération bénino-belge, le programme Santé et le programme Agriculture. Ils partagent une approche commune de renforcement des compétences, en stimulant la diffusion de nouveaux paradigmes parmi les acteurs du secteur, en utilisant les mêmes outils : parcours d’acquisition de compétences (PAC), en collaborant pour identifier les opportunités du secteur, en priorisant dans un exercice conjoint (groupes techniques) les opportunités/défis du secteur et les Organisations Bénéficiaires (OB) et Instituts de Formation (IF) à appuyer et en partageant les ressources techniques et les pistes de synergie.

Quelques chiffres du projet:

Au niveau financier, le budget global, pour le projet sur la durée du PIC 2013-2017 est de 6.000.000 d'Euros répartis comme suit:

• Agriculture:                  1.730.000 Euros

• Santé:                         1.730.000 Euros

• Hors secteur:                300.000 Euros

• Frais généraux et autres: 2.240.000 Euros

Les années d'attribution de bourses classiques de formation n'ont pas toujours donné le résultat escompté. Certes, le nouveau projet ne peut se targuer de faire des miracles et renverser totalement la tendance, mais il est possible qu'en travaillant avec les personnes clés et bien identifiées, une amorce de changement puisse s'observer. Le principe de Paréto n'affirme –t-il pas "qu'environ 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes"? La concentration sur un public cible bien déterminé est le gage de la réussite de cette nouvelle aventure entre la Belgique et le Bénin.

C’est avec le temps que nous pourrons voir si le PAORC pourra répondre aux attentes relevées par l’identification du défi d’augmenter la qualité du personnel de l'administration publique et privée béninoise.

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